Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/403

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


toujours plus fort que le soldat, que deux sont toujours plus forts qu’un, et, à la guerre, un bataillon est parfois plus fort qu’une division et parfois plus faible qu’une compagnie. La force relative des troupes ne peut être connue de personne. Crois-moi, si quelque chose dépendait des ordres des états-majors, je serais là-bas et donnerais des ordres, et, au lieu de cela, j’ai l’honneur de servir ici, au régiment, avec ces messieurs, et je crois que c’est de nous et non d’eux que dépend le lendemain… Le succès ne dépend et ne dépendra jamais ni de la position, ni de l’armement, ni même du nombre, mais moins encore de la position.

— Mais de quoi donc ?

— De ce sentiment qu’il y a en moi, en lui (il désignait Timokhine), en chaque soldat.

Le prince André fixait Timokhine qui, effrayé, étonné, regardait son chef. Le prince André, d’habitude taciturne, maintenant paraissait ému. Il ne pouvait se retenir d’exprimer les idées qui lui venaient spontanément.

— Celui qui gagne la bataille, c’est celui qui a décidé fermement de la gagner. Pourquoi avons-nous perdu la bataille d’Austerlitz ? Nos pertes étaient presque égales à celles des Français, mais nous nous étions dit trop tôt que nous avions perdu la bataille, et nous l’avons dit, parce que là-bas, il n’y avait plus moyen de se battre. On voulait s’enfuir au plus vite du champ de bataille :