Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/406

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O ja [1], répéta la première voix.

— Oui, im Raum verlegen [2], répéta le prince André en reniflant avec colère quand ils furent passés. Im Raum [3]. — J’avais un père, un fils, une sœur à Lissia-Gorï. Cela lui est bien égal ! Voilà ce que je te disais. Ces messieurs allemands ne gagneront pas demain la bataille mais seulement gâcheront tant qu’ils pourront parce que dans leurs têtes allemandes il n’y a que des raisonnements qui ne valent pas des coquilles d’œufs, mais ils n’ont pas dans le cœur cette seule chose qui est nécessaire pour demain, ce qu’il y a en Timokhine. Ils lui ont donné toute l’Europe, et ils viennent nous instruire. Les bons maîtres ! grinça de nouveau sa voix.

— Alors vous pensez que nous gagnerons la bataille de demain ? dit Pierre.

— Oui, oui, prononça distraitement le prince André. La seule chose que je ferais si j’avais le pouvoir, continua-t-il, je ne prendrais pas de prisonniers. A quoi bon les prisonniers ? C’est de la chevalerie. Les Français ont pillé ma maison, ils vont dévaster Moscou, ils m’ont offensé et m’offensent à chaque instant, ce sont mes ennemis ; tous, selon mes conceptions, sont des criminels — et alors on ne saurait prendre en considération la perte des individus.

  1. Oh oui !
  2. Oui, transporter dans l’espace…
  3. C’est dans l’espace.