Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/440

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izbas de Borodino, ailleurs une masse compacte de soldats ; ailleurs encore des caissons verts et des canons ; et tout cela remuait ou semblait se remuer parce que le brouillard et la fumée se répandaient sur tout cet espace. Aussi bien près de Borodino, au bas des ravins couverts de brouillard, que plus haut et surtout à gauche, sur toute la ligne de forêts, sur les champs, au bas des collines, sur les hauteurs, se montraient sans cesse des masses de fumée, — venues on ne voyait d’où, ou des canons, — tantôt isolées, tantôt en masses, tantôt rares, tantôt fréquentes, et ces nuages, en se gonflant, s’élargissant, tourbillonnant, emplissaient tout l’espace. Ces fumées, ces coups, leurs sons, chose étrange à dire, faisaient la beauté principale du spectacle.

Pouff ! et tout à coup on aperçoit la fumée ronde, compacte qui se joue en des tons gris et blancs. Et boum ! entend-on une seconde après au milieu de cette fumée. Pouff ! Pouff ! deux fumées se soulèvent ensemble et se confondent ; boum ! boum ! et les sons confirment ce que voit l’œil.

Pierre regardait la première fumée qui s’élevait comme un ballon et déjà, à sa place, d’autres fumées se traînaient à côté et pouff ! pouff ! encore d’autres fumées, et à chacune avec les mêmes intervalles : boum ! boum ! boum ! répondaient les sons agréables, nets et précis. Ces fumées tantôt