Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/444

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Devant Pierre, il y avait le pont et près de là des soldats tiraient. Pierre s’approcha d’eux. Sans le savoir, Pierre était arrivé au pont de la Kolotcha entre Gorki et Borodino que, dans la première action de la bataille (après avoir occupé Borodino), les Français attaquaient. Pierre voyait le pont devant lui et de chaque côté, dans les prairies de foin coupé qu’il n’avait pas remarquées la veille à travers la fumée, les soldats faisaient quelque chose, mais malgré la fusillade ininterrompue qui avait lieu à cet endroit, il ne se croyait nullement au champ de bataille. Il n’entendait pas le son des balles qui sifflaient de tous côtés et des obus qui tombaient derrière lui. Il ne voyait pas l’ennemi qui était de l’autre côté de la rivière et, pendant longtemps, il ne voyait pas les tués et les blessés, bien que plusieurs fussent tombés non loin de lui.

Avec un sourire qui ne quittait pas son visage il regardait autour de lui.

— Que fait celui-ci devant la ligne ? cria de nouveau quelqu’un.

— Prends à gauche ! À droite ! lui criait-on.

Pierre prit à gauche, et tout à fait à l’improviste il rencontra un aide de camp du général Raievsky qu’il connaissait. L’aide de camp regarda Pierre d’un air mécontent, lui aussi avait envie de crier après Pierre, mais en le reconnaissant, il hocha la tête.