Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/445

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— Vous ! Comment êtes-vous ici ? dit-il et il galopa plus loin.

Pierre se sentait déplacé et bon à rien ; ayant peur de nouveau de déranger quelqu’un, il suivit l’aide de camp.

— Que se passe-t-il donc ici ? Puis-je aller avec vous ? demanda-t-il.

— Tout à l’heure ! tout à l’heure ! répondit l’aide de camp, qui s’approcha d’un gros colonel qui était sur le champ, lui transmit quelque ordre et alors seulement s’adressa à Pierre.

— Pourquoi êtes-vous ici, comte ? Toujours curieux ? lui dit-il avec un sourire.

— Oui, oui, dit Pierre. Mais l’aide de camp fit virevolter son cheval et alla plus loin.

— Ici ce n’est encore rien, grâce à Dieu, dit l’aide de camp, mais au flanc gauche, chez Bagration, la bataille est épouvantable !

— Est-ce possible ? Où cela ? demanda Pierre.

— Venez avec moi au mamelon. De chez nous on voit, et là, la bataille est encore supportable, dit l’aide de camp.

— Oui, j’irai avec vous, dit Pierre en regardant autour de lui et cherchant son écuyer.

Ici, pour la première fois, Pierre aperçut les blessés qui marchaient ou qu’on portait sur des brancards.

Sur ce même champ aux rangées de foin parfumé qu’il avait traversé la veille, un soldat, la