Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/485

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grenades volaient sans cesse avec un sifflement rapide.

Parfois, comme pour donner du repos, pendant un quart d’heure, tous les boulets et les grenades volaient au delà, mais parfois, pendant une minute, le régiment perdait plusieurs hommes, et, à chaque instant, on retirait des tués, on emportait des blessés.

À chaque nouveau coup, ceux qui n’étaient pas encore tués avaient de moins en moins de chance de rester saufs. Le régiment était rangé en colonnes, par bataillons, avec intervalles de trois cents pas, mais, malgré cela, tous les hommes étaient sous la même impression.

Tous étaient également silencieux et sombres. Les conversations s’entendaient rarement dans les rangs et elles cessaient chaque fois qu’un coup partait et qu’on entendait ce cri : « Brancard ! » La plupart du temps, les soldats, selon l’ordre, étaient assis par terre. L’un, ôtant son bonnet, le dépliait soigneusement et, de nouveau, en ramassait les plis ; l’autre, ayant réduit la terre glaise en poussière, en frottait sa baïonnette ; un troisième détachait sa ceinture et en arrangeait les boucles ; un autre refaisait soigneusement ses bandelettes et se rechaussait. Quelques-uns faisaient de petites maisons en terre ou en chaume ou des paillassons : tous semblaient absorbés dans leurs occupations. Quand des hommes étaient blessés ou tués,