Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/67

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Koutouzov de le nommer dans l’armée de l’Ouest. Koutouzov qui avait déjà assez de l’activité de Bolkonskï, reproche constant à son oisiveté, le laissa partir très volontiers et lui donna une mission pour Barclay de Tolly.

Avant de partir à l’armée qui, au mois de mai, était dans le camp de Drissa, le prince André s’arrêta à Lissia-Gorï qui se trouvait sur son chemin, à trois verstes de la grande route de Smolensk. Les trois dernières années de sa vie, le prince André avait eu tant de secousses, il avait tant pensé et senti (il avait parcouru l’Orient et l’Occident), qu’il était frappé d’une façon étrange, inattendue, en trouvant à Lissia-Gorï le même train de vie, jusqu’aux moindres détails. Il entra dans l’avenue, franchit les portes cochères de la maison de Lissia-Gorï comme dans un château enchanté : La même propreté, le même calme, régnaient dans cette demeure, les mêmes meubles, les mêmes murs, les mêmes sons, les mêmes odeurs et les mêmes figures timides, seulement un peu vieillies. La princesse Marie était toujours la même personne timide, laide, vieillie, qui passait les plus belles années de sa vie dans la crainte et les souffrances morales, sans utilité et sans joie. Mademoiselle Bourienne était la même fille coquette qui jouissait joyeusement de chaque moment de sa vie, contente d’elle et remplie des plus joyeux espoirs. Elle avait seulement plus d’assurance, comme