Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol10.djvu/69

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et le prince André se sentit un hôte pour qui l’on fait des accommodements et dont la présence gêne tout le monde.

Le premier jour, au diner, le prince André, qui sentait cela, était malgré lui taciturne et le vieux prince, remarquant le manque de naturel de sa situation, fut silencieux, sombre, et se retira chez lui aussitôt après le repas. Quand le soir le prince André vint le trouver et, en tâchant de le dérider, se mit à lui parler de la campagne, du jeune comte Kamensky, le vieux prince, tout à fait à l’improviste, se mit à causer de la princesse Marie en la blâmant pour ses superstitions et pour son manque d’amitié à l’égard de mademoiselle Bourienne, qui, selon ses paroles, était maintenant la seule personne qui lui fût dévouée.

Il accusait la princesse Marie d’être la cause de ses malaises, de le tourmenter et de l’agacer exprès, de gâter le petit prince Nicolas par sa faiblesse et par de sottes histoires.

Le vieux prince savait très bien qu’il tourmentait sa fille, dont la vie était très pénible, mais il savait aussi qu’il ne pouvait s’empêcher de la tourmenter et qu’elle le méritait : « Pourquoi le prince André qui le voit ne me dit-il rien de sa sœur ? se disait le vieux prince. Que pense-t-il ? Que je suis un malfaiteur ou un vieil imbécile qui sans cause s’éloigne de sa fille et se rapproche de la Française ? Il ne me comprend pas, c’est pourquoi il lui faut expliquer ;