Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/140

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— Que dire ? cria l’homme maigre. Ici, dans les trois boutiques, j’ai pour cent mille roubles de marchandises. Est-ce qu’on peut les garder quand les troupes sont parties ? Hé les gens !

— Venez, votre seigneurie, dit le marchand en saluant. L’officier était étonné, sur son visage se lisait l’indécision.

— Et qu’est-ce que cela me fiche ! s’écria-t-il tout à coup. Et à pas rapides il alla devant les rangs.

D’une boutique ouverte arrivaient des bruits de coups et des invectives. Comme l’officier s’approchait, de là, bondit un homme en armiak gris et la tête rasée.

Cet homme se faufila devant le marchand et l’officier. L’officier se précipita vers le soldat qui était dans la boutique. Mais à ce moment les cris terribles d’une immense foule s’entendirent sur le pont Moskvoretzky et l’officier accourut sur la place.

— Qu’y a-t-il ? Qu’y a-t-il ? demanda-t-il. Mais son camarade galopait déjà dans la direction des cris, devant l’église Basile-le-Pieux. L’officier monta à cheval et le suivit. Quand il fut près du pont il aperçut deux canons détachés de l’avant-train, l’infanterie qui traversait le pont, quelques chariots renversés, des visages effrayés, des physionomies souriantes de soldats. Un chariot attelé de deux chevaux était près des canons. Derrière le chariot, se trouvaient, près des roues, quatre chiens de chasse avec des colliers. Le chariot contenait