Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/15

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quelques hommes sympathiques ou hostiles à lui. Ils parlent de l’influence de quelques-uns de ces hommes sur les autres et ils disent : Voilà pourquoi s’est produit ce mouvement, et voici ses lois.

Mais non seulement la raison humaine refuse d’accepter cette explication, elle nous dit tout nettement que cette explication n’est pas juste parce qu’elle prend l’événement le plus faible pour la cause du plus fort. La somme des volitions humaines a produit la Révolution et un Napoléon, et c’est elle seule qui les a supportés et renversés.

« Mais chaque fois qu’il y eut des conquêtes, il y eut des conquérants ; chaque fois qu’une révolution s’est faite dans un État, il y eut de grands hommes, » dit l’historien.

En effet, chaque fois que parurent des conquérants, il y eut des guerres, répond la raison humaine, mais cela ne prouve pas que les conquérants soient la cause des guerres et qu’on puisse trouver les lois de la guerre dans l’activité personnelle d’un individu. Chaque fois que je regarde ma montre, quand l’aiguille s’approche du chiffre X, j’entends le carillon qui commence à l’église voisine, mais de ce fait que le carillon commence chaque fois que l’aiguille marque dix, je n’ai pas le droit de conclure que la position de l’aiguille est cause de la mise en branle des cloches. Chaque fois que je vois une locomotive s’ébranler, j’entends un sifflement, la soupape s’ouvre, les roues