Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/166

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disant, il aperçut au coin de la maison un jeune homme au cou long, mince, la moitié de la tête rasée, qui marchait entre deux dragons. Ce jeune homme était vêtu d’une pelisse courte de renard, recouverte de drap bleu, autrefois élégante et maintenant usée, d’un vieux pantalon de prisonnier rentré dans des tiges de bottes pas cirées, usées. Autour des chevilles nues et faibles pendaient lourdement les fers qui entravaient la marche hésitante du jeune homme.

— Ah ! dit Rostoptchine en détachant vivement son regard du jeune homme en pelisse de renard. Et désignant la marche inférieure du perron :

— Mettez-le ici !

Le jeune homme, en traînant les fers, monta avec peine la marche indiquée et tira avec le doigt le collet de la pelisse qui le gênait. Il tourna deux fois son long cou, poussa un soupir puis, d’un geste docile, croisa sur sa poitrine ses mains fines, inhabituées au travail manuel.

Pendant que le jeune homme s’installait sur la marche, il y eut quelques secondes de silence. Dans les derniers rangs seulement des gens se pressaient en un point, et l’on entendait de là des gémissements, des poussées et des piétinements. Rostoptchine, en attendant qu’il eût pris la place indiquée, fronçait les sourcils, se frottait le visage avec la main.

— Enfants, dit-il d’une voix sonore, métallique,