Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/170

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les pieds de la foule en délire. Les uns battaient et frappaient Vereschaguine, d’autres le grand garçon. Les cris des hommes étouffés et de ceux qui tâchaient de sauver le grand garçon ne faisaient qu’exciter la colère de la foule. De longtemps le dragon ne put dégager l’ouvrier ensanglanté, battu, à demi-mort, et pendant longtemps, malgré la hâte fiévreuse avec laquelle la foule tâchait d’en finir, ceux qui frappaient, étouffaient et déchiraient Vereschaguine n’arrivaient pas à le tuer. La foule les pressait de tous côtés en une seule masse compacte : les maintenant au milieu, elle oscillait de côté et d’autre et ne leur donnait pas la possibilité ni de l’achever, ni de l’abandonner.

— Frappe avec la hache, hein ! — On a écrasé… — Traître, il a vendu le Christ !… — Il est vivant… — C’est bien fait. — Hein, est-il encore vivant ?

Seulement quand la victime eut cessé de se débattre et que ses cris eurent fait place à des gémissements prolongés, réguliers, la foule commença à se déplacer hâtivement autour du cadavre ensanglanté qui gisait sur le sol. Chacun s’approchait, regardait ce qui était fait et, d’horreur, de reproche, d’étonnement, reculait.

— Ô Seigneur Dieu ! Le peuple, c’est comme une bête ! entendait-on dans la foule. — Et le garçon est tout jeune. Il appartenait sans doute à la classe des marchands…

— On dit que ce n’est pas celui-ci… — Comment