Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/184

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riche pâturage, de même les troupes se disloquaient dans la riche cité.

Il n’y avait pas d’habitants à Moscou et les soldats, comme l’eau dans le sable, s’y enfermaient et rayonnaient de tous les côtés du Kremlin où ils étaient entrés d’abord. Les soldats de cavalerie, qui pénétraient dans une maison riche, abandonnée avec tous ses biens et y trouvaient des écuries pour leurs propres chevaux et plus encore, allaient quand même habiter la maison voisine qui leur semblait plus agréable. Plusieurs inscrivaient à la craie leurs noms sur les maisons qu’ils occupaient et les disputaient, jusqu’à se battre, aux autres détachements. Sans prendre même le temps de s’installer, les soldats couraient dans les rues, regardaient la ville, et, apprenant que tout était abandonné, couraient là où l’on pouvait s’emparer d’objets précieux. Les chefs voulaient arrêter les pillards et eux-mêmes se laissaient entraîner aux mêmes actes. Rue Karétnaïa il y avait des magasins de voitures et les généraux s’y choisissaient des calèches, des équipages. Les habitants qui restaient invitaient les chefs à loger chez eux, espérant par là se préserver du pillage. Il y avait quantité de richesses, on n’en voyait pas la fin. Tout autour de l’endroit occupé par les Français il y en avait d’autres, inconnus, inoccupés, où, semblait-il aux Français, il y avait beaucoup de richesses. Et Moscou les englobait de plus en plus. L’eau qui coule sur