Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/189

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bête lui venait seulement comme un de ces rêves qui, sans avoir de cause et sans laisser trace, traversent l’imagination.

— Quand, après avoir acheté le cafetan (uniquement pour participer à la défense projetée de Moscou), Pierre rencontra les Rostov et Natacha qui lui dit : « Vous restez ? Ah ! c’est bien ! » il songea qu’en effet ce serait bien, même si l’on prenait Moscou, d’y rester et d’accomplir sa destinée.

Le lendemain, avec la seule pensée de ne pas s’épargner et de ne pas les laisser échapper, il alla derrière le rempart des Trois-Montagnes. Mais quand il revint à la maison convaincu qu’on ne défendrait pas Moscou, il sentit tout à coup que ce qui, auparavant, ne se présentait à lui que comme une possibilité, devenait maintenant nécessaire et inévitable. Il devait, en cachant son nom, rester à Moscou, rencontrer Napoléon et le tuer, afin de périr ou faire cesser les malheurs de toute l’Europe, qui, selon lui, provenaient de Napoléon seul.

Pierre connaissait tous les détails de l’attentat d’un étudiant allemand contre Bonaparte, à Vienne, en 1809 et il savait que l’étudiant avait été fusillé. Mais le danger auquel il exposait sa vie en réalisant son intention l’excitait encore davantage.

Deux sentiments également forts attiraient Pierre vers son but : le premier, c’était le besoin de sacrifice, le besoin de souffrir avec la conscience du malheur général, sentiment qui, le 25, l’avait