Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/205

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prémisses il ajouta hâtivement : — Il n’y a qu’un Paris au monde. Vous avez été à Paris et vous êtes resté Russe. Eh bien, je ne vous en estime pas moins.

Sous l’influence du vin et après la journée passée dans la solitude avec ses idées sombres, Pierre éprouvait un plaisir involontaire dans la conversation de cet homme gai et naïf.

Pour en revenir à vos dames, on les dit bien belles. Quelle fichue idée d’aller s’enterrer dans les steppes, quand l’armée française est à Moscou ! Quelle chance elles ont manquée celles-là ! Vos moujiks c’est autre chose, mais vous autres, gens civilisés, vous devriez nous connaître mieux que ça. Nous avons pris Vienne, Berlin, Madrid, Naples, Rome, Varsovie, toutes les capitales du monde… On nous craint mais on nous aime. Nous sommes bons à connaître. Et puis l’empereur…

Pierre l’interrompit.

— L’empereur… répéta Pierre, et son visage prit une expression triste et confuse. Est-ce que l’empereur…

L’empereur ? C’est la générosité, la clémence, la justice, l’ordre, le génie, voilà l’empereur ! C’est moi, Ramballe, qui vous le dis. Tel que vous me voyez, j’étais son ennemi il y a encore huit ans. Mon père a été comte émigré… Mais il m’a vaincu, cet homme. Il m’a empoigné. Je n’ai pas pu résister au spectacle de grandeur et de gloire