Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/234

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ment Dieu a-t-il présenté cette loi ? Pourquoi le fils ?… » Soudain la marche de ses idées s’arrêta et le prince André écouta… Il ne savait pas si c’était dans le délire ou en réalité qu’il percevait le murmure d’une voix douce qui répétait sans cesse : « Et… boire… boire… » ensuite : « Oire… oire », et de nouveau : « Boire… boire… boire… » et de nouveau : « Oire… oire… oire… » En même temps que ce murmure chantant, le prince André sentait que sur son visage même s’élevait un bâtiment étrange, aérien, fait de fines aiguilles. Il sentait (bien que ce lui fût pénible) qu’il fallait soigneusement tenir l’équilibre pour que ce bâtiment ne croulât pas. Néanmoins il s’écroula et de nouveau se dressa lentement aux sons d’une musique cadencée. « S’étendre, s’étendre et s’étendre le plus possible », se disait le prince André en écoutant le murmure et percevant les sensations de ce bâtiment qui s’élevait. À la lumière rouge de la chandelle le prince André voyait des cafards, il en entendait le bruit ainsi que celui de la mouche qui bourdonnait sur l’oreiller près de son visage. Elle produisait une sensation de brûlure ; en même temps le prince André était étonné que, se débattant au milieu du bâtiment élevé sur son visage, elle ne le démolit pas. En outre il y avait encore quelque chose d’important : c’était quelque chose de blanc, près de la porte ; c’était la statue d’un sphinx qui l’étouffait aussi.