Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/244

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pérature s’élevait à cause de l’incendie. De temps en temps, des langues de feu se montraient au-dessus des maisons. Les rues étaient animées et les gens se montraient plus inquiets. Mais Pierre, bien qu’il sentît que quelque chose d’extraordinaire se passait autour de lui, ne se rendait pas compte qu’il s’approchait du cœur de l’incendie. En passant dans le chemin qui aboutissait à de grands terrains vagues, touchant d’un côté la rue Poverskaïa, de l’autre les jardins du prince Grouzinski, tout à coup, Pierre entendit près de lui un cri désespéré de femme. Il s’arrêta et, comme éveillé du sommeil, leva la tête.

Au bord du chemin, sur l’herbe sèche empoussiérée, étaient entassés des objets domestiques ; matelas, samovars, icônes, coffres. Une femme, pas jeune, maigre, aux longues dents proéminentes, en manteau noir et bonnet, était assise à terre, près des coffres. Cette femme, en se balançant et marmottant quelque chose, sanglotait. Deux fillettes de dix à douze ans, vêtues de petites robes courtes, sales et de manteaux regardaient leur mère, une expression d’effroi était sur leurs figures pâles. Un garçon de sept ans, le cadet, sous un énorme bonnet étranger, pleurait dans les bras d’une vieille bonne.

Une jeune fille, sale, pieds nus, était assise sur un coffre, et, défaisant sa tresse blonde, en arrachait des cheveux brûlés qu’elle sentait. Le mari,