Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/268

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de l’armée et la voix générale devint inquiète. Les courtisans souffraient de l’incertitude dans laquelle se trouvait l’empereur.

— Dans quelle situation est l’empereur !… disaient les courtisans, et déjà ils n’exultaient plus comme la veille, mais blâmaient Koutouzov, responsable de l’anxiété de l’empereur.

Ce jour-là, le prince Vassili ne se glorifiait déjà plus de son protégé Koutouzov, mais gardait le silence quand on commençait à parler du commandant en chef. De plus, le soir de ce jour, tout sembla concourir à jeter les habitants de Pétersbourg dans le trouble et l’inquiétude. Une autre terrible nouvelle se répandait : La comtesse Hélène Bezoukhov était morte foudroyée par ce terrible mal dont le nom était si agréable à prononcer. Officiellement, dans les hautes sphères, on disait que la comtesse Bezoukhov était morte d’un accès aigu d’angine pectorale, mais dans les cercles intimes, on racontait par le menu comment le médecin intime de la reine d’Espagne avait fait prendre à Hélène de petites doses d’un remède quelconque, pour produire une certaine action, mais que celle-ci, tourmentée par les soupçons du vieux comte et par l’absence de réponse de son mari, à qui elle avait écrit (ce malheureux débauché, Pierre), avait avalé d’un coup une énorme dose de la mixture et était morte dans d’atroces souffrances avant qu’on eût pu lui venir en aide. On racontait que le prince