Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/269

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Vassili et le vieux comte avaient voulu s’en prendre à l’Italien, mais que celui-ci avait montré de tels billets doux de la malheureuse défunte qu’ils le laissèrent partir de suite. La conversation générale tournait sur les trois événements tristes : l’incertitude de l’empereur, la perte de Koutaïssov et la mort d’Hélène.

Le troisième jour après le rapport de Koutouzov, un seigneur terrien de Moscou arriva à Pétersbourg, et dans toute la ville se répandit la nouvelle que Moscou était abandonnée aux Français. C’était affreux ! Quelle était la situation de l’empereur ! Koutouzov était un traître ; et le prince Vassili, pendant les visites de condoléances qu’on lui faisait à cause de la mort de sa fille, disait de Koutouzov, qu’il avait tant glorifié auparavant (dans la douleur il lui était permis d’oublier ce qu’il avait dit auparavant), qu’on ne pouvait attendre autre chose d’un vieil aveugle débauché.

— Je m’étonne seulement qu’on ait pu confier le sort de la Russie à un tel homme, disait-il.

Tant que cette nouvelle n’était pas officielle on pouvait en douter, mais le lendemain arrivait de la part du comte Rostoptchine le rapport suivant :

« L’aide de camp du prince Koutouzov m’a apporté un message dans lequel il exige de moi les officiers de police pour accompagner l’armée sur la route de Riazan. Il dit qu’avec regrets il abandonne Moscou. Sire ! l’acte de Koutouzov décide du