Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/291

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fiancée à son frère, je ne pouvais penser à l’épouser. Il a fallu que je la rencontrasse juste quand le mariage de Natacha était rompu et après tout cela… Oui, je ne l’ai dit à personne et ne le dirai pas… C’est à vous seule.

La femme du gouverneur lui serra la main avec reconnaissance.

— Vous connaissez Sophie, ma cousine ? Je l’aime, j’ai promis de l’épouser et je l’épouserai… Aussi vous voyez qu’on ne peut même parler de cela, dit Nicolas en rougissant.

— Mon cher, mon cher, comme tu raisonnes ! Mais Sonia n’a rien, et tu dis toi-même que les affaires de ton père sont très mauvaises. Et ta mère ? Cela la tuera. Ensuite, si Sonia a du cœur, que n’éprouvera-t-elle pas ? La mère au désespoir, les affaires dérangées… Non, mon cher, toi et Sonia vous devez comprendre.

Nicolas se tut. Il lui était agréable d’entendre cette conclusion. Après un court silence il dit en soupirant :

— Cependant, ma tante, cela ne peut se faire. Il reste à savoir si la princesse me voudrait ; et puis elle est en deuil. Peut-on penser à cela ?

— Mais penses-tu que je te marierai séance tenante ? Il y a manière et manière, dit la femme du gouverneur.

— Quelle bonne marieuse vous êtes, ma tante… dit Nicolas en baisant sa main potelée.