Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/304

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« Ce doit être une femme extraordinaire ! Voilà précisément un ange ! Pourquoi me suis-je engagé si vite avec Sonia ? » Et malgré lui il les comparait : chez l’une la pauvreté, chez l’autre la richesse et ces dons spirituels que Nicolas n’avait pas lui-même et appréciait, par cela même, encore plus hautement.

Il essayait de se représenter ce qui arriverait s’il était libre, comment il ferait sa demande, comment elle deviendrait sa femme, mais il n’y pouvait parvenir. Ce lui était pénible et aucune image nette ne se présentait à lui. Depuis longtemps il se formait le tableau futur de sa vie avec Sonia, et tout était simple et clair, particulièrement parce que tout était fixé et qu’il connaissait bien Sonia. Mais il ne pouvait se représenter sa vie future avec la princesse Marie, parce qu’il ne la comprenait pas et que seulement il l’aimait.

Ses rêves sur Sonia avaient quelque chose de gai, d’enfantin. Mais penser à la princesse Marie c’était toujours difficile et un peu pénible. « Comme elle priait ! se rappela-t-il. On voyait que toute son âme était dans la prière. Oui, c’est cette prière qui remue les montagnes, et je suis convaincu que sa prière sera réalisée. Pourquoi, moi, ne prierais-je pas pour ce qui m’est nécessaire ? Que me faut-il ? la liberté, la rupture avec Sonia. Elle disait vrai — il se rappelait les paroles de la femme du gouverneur : À part le malheur, ce mariage ne