Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/305

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donnera rien. Le trouble, le malheur de maman… les affaires… la confusion, le gâchis terrible !… Non, je ne l’aime pas. Non, je ne l’aime pas comme il faut. Mon Dieu ! délivre-moi de cette situation terrible, sans issue ! » Il commença tout à coup à prier : « Oui, la prière peut renverser la montagne, mais il faut croire, il ne faut pas prier comme nous le faisions avec Natacha quand nous étions enfants et demandions qu’il neigeât du sucre puis allions voir dans la cour si la neige se transformait en sucre. Non, maintenant je ne prie plus pour des bêtises, » se dit-il, et, posant sa pipe dans un coin, il s’arrêta devant l’icone et joignit les mains. Attendri par le souvenir de la princesse Marie, il se mit à prier comme il ne l’avait fait depuis longtemps. Ses yeux et sa gorge étaient pleins de larmes, quand soudain Lavrouchka entra avec des papiers quelconques.

— Imbécile ! Pourquoi entres-tu quand on ne t’appelle pas ? dit Nicolas en changeant rapidement d’attitude.

— C’est de la part du gouverneur, dit Lavrouchka d’une voix endormie. Le courrier a apporté des lettres pour vous.

— Bon, bon ! Va, va !

Nicolas prit les deux lettres. L’une était de sa mère, l’autre de Sonia. À peine avait-il lu quelques lignes que son visage devenait pâle et que ses yeux s’ouvraient étonnés et joyeux.