Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/321

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soulevait la fumée, et tout ce que Pierre pouvait voir de Moscou était incendié. De tous côtés on voyait les champs nus encombrés de tuyaux et de poêles, et, par endroits, les murs noircis des maisons de pierre.

Pierre regardait les restes de l’incendie et ne reconnaissait plus les quartiers fréquentés de la ville. Çà et là se dressaient des églises demeurées intactes, le Kremlin blanchissait au loin avec ses tours et ses clochers d’Ivan le Grand.

Tout près brillait la coupole du couvent Novodiévitchi et de là venait un son de cloches. Ce son rappela à Pierre que c’était dimanche et la fête de Noël, mais il semblait n’y avoir personne pour la fêter. Partout la ruine. En fait de Russes, on rencontrait de temps en temps des gens en guenilles, effrayés, qui se cachaient à la vue des Français.

Il était évident que le nid russe était détruit, dispersé, mais Pierre sentait inconsciemment qu’après la destruction de cet ordre même de la vie, qu’après l’effondrement de ce nid, s’établissait un autre ordre, français, tout à fait autre mais très ferme. Il le sentit en voyant ces soldats qui, gaîment, en rangs serrés l’escortaient, lui et les criminels. Il le sentit à la rencontre d’un haut fonctionnaire français assis dans une voiture attelée de deux chevaux conduits par un soldat. Il le sentit aux sons joyeux de la musique du régiment qui débouchait d’un autre côté, il le sentit surtout à cette liste de noms