Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/370

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prudent et habile ramassa le peloton et reprit sa même pose. Il la regarda sans remuer et remarqua qu’après ce mouvement il lui fallait respirer à pleine poitrine, mais elle ne le fit pas et respira doucement.

Au couvent de la Trinité ils avaient parlé du passé, il lui avait dit que s’il conservait la vie, il remercierait Dieu éternellement pour cette blessure qui, de nouveau, l’avait réuni à elle. Depuis ils n’avaient jamais envisagé l’avenir.

« Cela pouvait-il être ou non ? » pensait-il maintenant en la regardant et écoutant le bruit des aiguilles d’acier. « Le sort m’a-t-il réuni avec elle si étrangement pour me laisser mourir ?… La vérité de la vie ne m’est-elle révélée que pour que je vive dans le mensonge ? Je l’aime plus que tout au monde, mais que dois-je faire ? » et, tout à coup, il gémit par l’habitude due à ses souffrances.

À ce bruit, Natacha posa son tricot, s’approcha de lui et, remarquant ses yeux brillants, se pencha vers lui.

— Vous ne dormez pas ?

— Non, je vous regarde depuis longtemps, j’ai senti votre présence. Personne ne me donne comme vous tant de silence, de calme, de lumière, je voudrais pleurer de joie.

Natacha se rapprocha encore davantage. Son visage brillait d’une joie enthousiaste.

— Natacha, je vous aime trop, je vous aime plus que tout au monde.