Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/371

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— Et moi !

Elle se détourna un instant.

— Pourquoi donc trop ? dit-elle.

— Pourquoi trop ? Eh bien ! qu’en pensez-vous ? Que sentez-vous dans votre âme restée vivante ? Que pensez-vous ?

— J’en suis sûre ! J’en suis sûre ! s’écria presque Natacha en lui saisissant les deux mains dans un mouvement passionné.

Il se tut.

— Comme ce serait bon !

Il lui prit la main et la baisa.

Natacha était heureuse, émue ; aussitôt elle se rappela qu’il ne le fallait pas, qu’il avait besoin de calme.

— Cependant vous n’avez pas dormi, dit-elle comprimant sa joie. Tâchez de vous endormir, je vous en prie.

Il laissa sa main, elle s’assit de nouveau près de la bougie et s’installa comme auparavant. Deux fois elle le regarda et leurs yeux se rencontrèrent. Elle se donna une tâche et se dit qu’avant la fin elle ne le regarderait pas.

En effet, bientôt après il ferma les yeux et s’endormit. Il ne dormit pas longtemps ; tout à coup, en sueur froide, tout troublé, il s’éveilla. En s’endormant il pensait toujours à ce qui le préoccupait tout ce temps : à la vie et à la mort, et surtout à la