Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/373

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pas le temps de fermer la porte, néanmoins, maladivement, il tend toutes ses forces. La peur le saisit et cette peur, c’est la peur de la mort. Derrière la porte se trouve elle. Mais au moment où, gauchement, sans forces, il arrive à la porte, quelque chose d’effrayant, d’inhumain, semblable à la mort, le repousse et s’élance dans la porte. Il faut le retenir. Il saisit la porte, concentre ses dernières forces, non pour la fermer, il est déjà tard, du moins pour la retenir, mais ses forces sont insuffisantes, ses mouvements gauches et, poussée par quelque chose d’horrible, la porte s’ouvre et se referme de nouveau. Encore une fois on la pousse. Ses derniers efforts sont vains : les deux battants de la porte s’ouvrent sans bruit. Elle est entrée, c’est la mort. Le prince André meurt.

Mais à ce moment même, il se rappela qu’il dormait et faisant encore un effort il s’éveilla.

— Oui, c’était la mort. Je suis mort et me suis éveillé. Oui, la mort c’est le réveil.

Cette pensée, clairement, traversa tout à coup son âme : le voile qui jusqu’ici lui cachait l’inconnu était soulevé devant son regard spirituel. Il se sentit délivré de la force qui le liait auparavant et éprouva cette aisance étrange qui dès lors ne le quitta plus.

Quand, s’éveillant en sueur froide, il se remua sur le divan, Natacha s’approcha de lui et lui demanda ce qu’il avait. Il ne lui répondit pas, il ne