Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/432

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Karataïev en sortant et portant une chemise pliée soigneusement.

À cause de la chaleur et pour la commodité du travail, Karataïev était seulement en caleçon et chemise déchirée, noire comme la terre. Ses cheveux, à la mode des ouvriers, étaient retenus par une ficelle, et son visage rond semblait encore plus rond et plus sympathique.

— L’exactitude c’est le principal dans chaque affaire. Je t’ai dit pour vendredi, c’est prêt, dit Platon en souriant et dépliant la chemise qu’il avait faite.

Le Français regardait autour de lui d’un air inquiet ; enfin, vainquant son hésitation, il ôta rapidement l’uniforme et prit la chemise. Sous l’uniforme il n’avait pas de chemise, son corps nu, jaune, maigre, était couvert d’un long gilet à petites fleurs couleur de suie, à cause de la saleté. Le Français paraissait avoir peur qu’on ne se moquât de lui, hâtivement il enfila la chemise. Aucun des prisonniers ne souffla mot.

— Voilà, c’est juste ! ajouta Platon en tirant la chemise.

Le Français, passant la tête et les bras, sans lever les yeux, regardait la chemise qui était sur lui et en examinait les coutures.

— Quoi, mon petit, ce n’est pas un atelier ici, il n’y a pas d’outils, sans outils on ne peut pas tuer même un porc [1] ? fit Platon avec un sourire ten-

  1. Proverbe russe. (N. d. T.)