Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/48

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d’hésitation, de honte ou de cachotterie en Hélène, son affaire eût été irrémédiablement perdue, mais non seulement il n’y avait trace de cachotterie ni de honte, au contraire, avec simplicité et naïveté, elle racontait à ses intimes (et c’était tout Pétersbourg) que le prince et le grand seigneur lui avaient fait une demande, qu’elle les aimait tous les deux et qu’elle avait peur de peiner l’un ou l’autre.

À Pétersbourg le bruit se répandit aussitôt, non qu’Hélène allait divorcer (dans ce cas plusieurs se seraient tournés contre elle), mais que la malheureuse Hélène se trouvait perplexe et ne savait qui des deux épouser. On ne se demandait pas comment ce pouvait être possible, mais seulement quel parti était le plus avantageux et comment la cour envisagerait ce mariage. Il se trouvait, en effet, quelques retardataires qui ne savaient pas se placer à la hauteur de la question et qui voyaient en ce projet la profanation du sacrement de mariage. Mais ils étaient peu nombreux et se taisaient. La majorité s’intéressait au bonheur qui attendait Hélène et se demandait quel choix serait le meilleur ; mais était-ce bien ou mal de se marier, ayant un mari vivant ? on ne se le demandait pas, parce que cette question était évidemment résolue pour les personnes plus intelligentes que « vous et nous » (comme on disait) et douter de la justesse de la solution c’était risquer de montrer sa bêtise et manquer de savoir-vivre mondain.