Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/62

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se décidait la question qui le tourmentait. « Oui, il faut mettre d’accord. Il est temps de mettre d’accord ! »

— Il faut atteler. Il est temps d’atteler, Votre Excellence ! Votre Excellence ! répétait une voix quelconque. Il faut atteler, il faut atteler…

C’était la voix de l’écuyer qui éveillait Pierre.

Le soleil tombait droit sur le visage de Pierre. Il regarda la cour sale au milieu de laquelle, près du puits, des soldats faisaient boire leurs chevaux étiques, et de laquelle sortaient des chariots. Pierre se détourna avec dégoût, et, en fermant les yeux, retomba rapidement sur le siège de la voiture. « Non, je ne veux pas cela, je ne veux pas cela ! Voir et comprendre ! Je veux comprendre ce qui m’a été révélé pendant le sommeil. Encore une seconde et je comprendrais tout, mais que dois-je faire ? Mettre d’accord ! Mais comment mettre tout d’accord ? » Et Pierre sentit avec horreur que toute l’importance de ce qu’il avait vu et pensé en rêve était détruite.

L’écuyer, le cocher et le portier racontèrent à Pierre qu’un officier était arrivé avec la nouvelle que les Français s’avancaient vers Mojaïsk et que les nôtres partaient.

Pierre se leva, ordonna d’atteler et de le rejoindre et partit à pied à travers la ville.

Les troupes sortaient et laissaient près de dix mille blessés. On les apercevait dans les cours et