Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol11.djvu/80

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sence des réflexions joyeuses de la comtesse qui, dans cette rencontre de la princesse Marie avec Nicolas, voyait la main de Dieu.

— Je ne me suis jamais réjouie, disait-elle, quand Bolkonskï était fiancé à Natacha, mais j’ai toujours désiré et j’ai le pressentiment que Nicolas épousera la princesse. Et ce serait bien !

Sonia sentait que c’était la vérité, que le seul moyen de réparer les affaires des Rostov était un riche mariage et que la princesse était un beau parti. Mais cela lui était très pénible.

Malgré sa douleur ou peut-être à cause de sa douleur, elle avait pris sur elle tous les soins difficiles de l’emballage, et toute la journée elle était occupée. Le comte et la comtesse s’adressaient à elle quand ils voulaient ordonner quelque chose. Pétia et Natacha, au contraire, non seulement n’aidaient pas mais plutôt ennuyaient et dérangeaient tout le monde et emplissaient la maison de leurs cris, de leurs rires, de leur vacarme. Ils riaient et se réjouissaient non parce qu’ils avaient une raison quelconque, mais ils étaient gais et joyeux, et c’est pourquoi tout ce qui arrivait était pour eux un prétexte à la joie et au rire. Pétia se sentait gai parce que, parti de la maison enfant, il y revenait (tous le disaient) comme un brave. Il se sentait gai parce qu’il était à la maison, parce que de Bielaïa-Tzerkov où il n’y avait pas l’espoir d’aller au feu, il était à Moscou où bientôt on se battrait. Et sur-