Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/185

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tement de sa maison. Les maîtres éclairés tâchent de le hausser au-dessus de son milieu ; dans ce but, on lui donne à lire Belinsky, Macaulay, Lews, etc., et non parce qu’il avait pour tout cela un penchant particulier, mais pour le développement général, comme ils disent. Et le lycéen, ayant acquis quelques conceptions vagues et les mots qui leur correspondent : progrès, liberté, libéralisme, naturalisme, développement historique, etc., regarde avec mépris son passé déjà loin de lui. Le but des maîtres est atteint, mais les parents, et surtout la mère, regardent avec un étonnement encore plus grand et avec encore plus de tristesse leur Vania fatigué, qui parle en une langue étrangère, pense avec un esprit étranger, fume des cigarettes, boit du vin, mais est satisfait et content de lui-même. « C’est fait, les autres sont pareils, pensent les parents, probablement qu’il le faut ainsi ». Et Vania est envoyé à l’université. Les parents n’osent pas avouer qu’ils se sont trompés.

À l’Université, comme je l’ai déjà dit, on ne voit que rarement des visages sains et frais et on ne voit personne qui regarde avec respect, même sans respect, mais tranquillement, le milieu d’où il sort et où il lui faudra vivre. Il le regarde avec du mépris, du dégoût et une commisération hautaine. Il regarde ainsi les hommes de son milieu, ses parents, et l’activité qui lui convient pour sa position sociale. Trois carrières seules se présentent à lui,