Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/188

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borné. Je viens à un cours quelconque parmi ceux qui me sont prescrits et je suis obligé non seulement d’écouter tout ce que me dit le professeur, mais d’apprendre tout, sinon mot à mot, du moins phrase par phrase. Si je n’apprends pas tout cela, le professeur ne me donnera pas le certificat nécessaire, après l’examen de passage ou de fin d’études. Je ne parle pas des abus qui se répètent des centaines de fois : pour obtenir ce certificat je dois flatter les manies du professeur, être toujours assis au premier rang et écrire, ou avoir l’air craintif ou gai, adopter les mêmes opinions que le professeur, ou fréquenter exactement ses soirées (je n’invente pas, c’est l’opinion des étudiants de chaque université qu’on peut consulter.) En suivant les cours, je puis ne pas penser comme le professeur, je puis, fort des lectures relatives aux sujets dont je m’occupe, trouver que les cours des professeurs sont mauvais et, cependant, je dois les écouter ou au moins les apprendre.

Dans les universités il existe un dogme que les professeurs n’expriment pas : c’est le dogme de l’infaillibilité papale du professeur. C’est que l’instruction des étudiants par les professeurs se fait comme chez tous les pontifes, mystérieusement et en exigeant l’admiration des étudiants pour le professeur. Aussitôt que le professeur est nommé, il commence son cours, et, qu’il soit sot par nature, qu’il le devienne davantage durant ses fonctions,