Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/241

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loi du progrès dans le grand-duché de Hohenzollern Sigmaringen qui a trois mille hommes, nous connaissons la Chine qui a deux cents millions d’hommes et qui nie toute notre théorie du progrès et nous ne doutons pas un moment que le progrès ne soit la loi générale de toute l’humanité et que nous qui croyons au progrès ayons raison, que ceux qui n’y croient pas aient tort, et, avec des canons et des fusils nous allons inculquer aux Chinois l’idée du progrès. Et cependant, le bon sens me dit que si la plus grande partie de l’humanité, tout ce qu’on appelle l’Orient, ne reconnaît pas la loi du progrès mais au contraire la nie, cette loi n’existe pas pour toute l’humanité, seule une partie de l’humanité a foi en elle. Moi, comme tous ceux qui sont affranchis de l’idée du progrès, je ne vois qu’une seule chose : que l’humanité vit, que les souvenirs du passé s’accumulent aussi bien qu’ils disparaissent, que les travaux du passé servent souvent de bases aux travaux du présent et souvent sont un obstacle pour eux, que le bien-être des hommes tantôt augmente dans un endroit, dans une couche et dans un sens, tantôt diminue, que, quelque désirable que ce soit, je ne puis trouver aucune loi générale dans la vie de l’humanité et que subordonner l’histoire à l’idée du progrès c’est aussi facile que de la soumettre à n’importe quelle idée ou fantaisie historique.

Je dirai plus :