Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/242

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Je ne vois aucune nécessité de rechercher les lois générales de l’histoire ; j’ajoute que c’est l’impossible. La loi générale éternelle est écrite en l’âme de chacun. La loi du progrès ou du perfectionnement est écrite dans l’âme de chaque homme et ce n’est que par erreur qu’elle est transportée dans l’histoire. En restant personnelle, cette loi est fertile et accessible à chacun, transportée dans l’histoire elle devient un bavardage oisif, vide, qui conduit à la justification de chaque insanité et du fatalisme. En général, le progrès, dans toute l’humanité, c’est un fait non prouvé et qui n’existe pour aucun des peuples d’Orient. C’est pourquoi il est aussi déraisonnable de dire que le progrès est la loi de l’humanité, que de dire que tous les hommes sont blonds sauf les bruns.

Mais peut-être n’avons-nous pas encore défini le progrès comme plusieurs le comprennent : nous tâchons de lui donner la définition la plus générale et la plus raisonnable. Le progrès est peut-être une loi découverte par les peuples européens, mais une loi si raisonnable que toute l’humanité doit s’y soumettre. Dans ce sens, le progrès c’est la voie où marche une certaine partie de l’humanité, voie qui, elle le reconnaît elle-même, la mène au bien-être. C’est ainsi que Buckle comprend le progrès de la civilisation des peuples européens, en introduisant dans cette conception générale du progrès le progrès social économique, le progrès des sciences,