Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/312

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’auteur a besoin de donner le bonheur à son héros. Le retour dans la famille suffirait, mais il fallait faire disparaître la pauvreté qui, durant tant d’années, avait opprimé la famille.

Où donc prendre la richesse ? Au Trésor impersonnel. S’il faut donner de l’argent, il faut le prendre à quelqu’un. On ne peut le trouver plus légitimement, plus intelligemment. Dans la scène même où il est question de cet argent, il y a un petit détail, un mot qui me frappe chaque fois que je le relis : il illumine tout le tableau, caractérise tous les personnages et leurs rapports réciproques, et ce n’est qu’un mot, et un mot employé incorrectement au point de vue grammatical, c’est se hâter. Un professeur de grammaire dira que c’est une faute. Se hâter : pourquoi ? dira le maître. Mais, le mot est dit tout simplement : La mère a pris l’argent et s’est hâtée, elle est allée le serrer. Et c’est admirable ! Je voudrais dire un mot pareil et je désirerais que les maîtres qui enseignent la langue disent ou écrivent une phrase pareille : « Après le dîner, la bonne embrassa encore le père et s’en alla. Ensuite le père se mit à chercher dans son sac : moi et la mère nous nous mîmes à le regarder. Ma mère aperçut un livre et dit : — Est-ce que tu as appris à lire ? — Oui, répondit le père. Ensuite le père tira un grand sac et le donna à ma mère. Celle-ci dit : — Qu’est-ce que c’est ? Le père répondit : — C’est de l’argent. La mère tout heu-