Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/340

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Les maîtres qui n’ont pas connu un désordre pareil, ou un ordre libre, pensent peut-être que, sans l’intervention du maître, ce désordre peut avoir des conséquences physiques fâcheuses : on se battra, on se cassera les membres, etc.

Dans l’école de Iasnaïa-Poliana, depuis l’hiver dernier, il n’y a eu que deux accidents notables. Un élève, poussé du perron, s’est écorché la jambe (la blessure a guéri en deux semaines) ; un autre a eu la joue brûlée avec du caoutchouc enflammé ; la brûlure dura aussi deux semaines. Il n’arrive pas plus d’une fois par semaine que quelqu’un pleure, et ce n’est pas de mal, mais de dépit ou de honte. Sauf ces deux cas, nous ne nous rappelons aucune fracture ou blessure survenue au cours de l’été, malgré trente ou quarante élèves laissés absolument libres.

Je suis convaincu que l’école ne doit pas intervenir dans l’œuvre de l’éducation, qui ne dépend que de la famille ; qu’elle n’a pas le droit de récompenser et de punir ; que les meilleures police et administration de l’école consistent à laisser aux élèves la pleine liberté d’apprendre et de s’arranger entre eux comme ils l’entendent. J’en suis convaincu, mais, malgré cela, les vieilles habitudes des écoles sont si fortes, qu’assez souvent, à l’école de Iasnaïa-Poliana, nous nous en écartons. Le semestre dernier, précisément au mois de novembre, il y eut deux cas de punition.