Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/348

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sont-ils pas endormis ? On s’approche dans la demi-obscurité, on regarde le visage d’un petit, quelconque : il est assis, les yeux fixés sur le maître, le front plissé par l’attention, et, pour la dixième fois, il repousse de l’épaule la main de son camarade. Vous lui chatouillez le cou. Il ne sourit même pas.

Il penche la tête comme pour s’éloigner d’une mouche, et, de nouveau, il s’abandonne au récit mystérieux et poétique. Quand le voile du temple se déchire de lui-même et que la terre se couvre de ténèbres, il a un peu peur, il se sent mal. Mais voilà que le maître a terminé son récit, tous se lèvent de leurs places, se pressent contre le maître et, criant à qui mieux mieux, ils racontent tout ce qu’ils ont retenu. Alors commence un vacarme épouvantable. Le maître n’arrive pas à les surveiller tous. Ceux à qui l’on défend de parler, sûrs de savoir très bien, ne sont pas contents, ils s’adressent à un autre maître, s’il n’y en pas, à un camarade, à un étranger, même au chauffeur. Ils se pressent deux ou trois ensemble, chacun demandant à l’autre de l’écouter. Il est rare qu’un seul raconte. Ils s’encouragent et s’excitent mutuellement : « — Eh bien ! Avec toi ! » se disent-ils. Mais celui à qui l’on s’adresse se sent incapable et renvoie à un autre. Aussitôt le récit répété, tout redevient calme. On apporte des chandelles et tous les enfants sont déjà d’une autre humeur.