Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/40

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J’ai vu, également à Marseille, une école laïque et une école congréganiste pour adultes. Sur une population de deux cent cinquante mille habitants, moins de mille (et parmi eux deux cents hommes) fréquentaient ces écoles. L’enseignement est le même : la lecture mécanique qu’on acquiert en une année et plus, la comptabilité, sans étudier l’arithmétique, les sermons à l’église, etc. Après l’école laïque, j’ai assisté aux sermons quotidiens dans les églises, j’ai visité des salles d’asile dans lesquelles des enfants de quatre ans, au coup de sifflet, comme les soldats, font le tour des bancs et, sur un signal, lèvent et plient les bras et, d’une voix tremblotante et étrange, chantent des hymnes à Dieu et à leurs bienfaiteurs, et je me suis convaincu que les institutions scolaires de Marseille sont très mauvaises. Si quelqu’un, par miracle, voyait tous ces établissements sans voir le peuple dans les rues, dans les ateliers, les cafés, à la maison, quelle opinion se ferait-il d’un peuple élevé de telle façon ! Il penserait, probablement, que c’est un peuple grossier, ignorant, hypocrite, plein de préjugés et presque sauvage. Mais il suffit d’entrer en relations, de causer avec quelques hommes du peuple pour se convaincre qu’au contraire, le peuple français est presque tel qu’il se croit : habile, intelligent, sociable, libre-penseur et, en effet, civilisé.

Regardez un ouvrier de la ville, d’une trentaine