Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/39

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


semble pas nécessaire de prouver que la tenue des livres, Buchhaltung, qu’on enseigne en Allemagne et en Angleterre est une science qui demande quatre heures d’explication pour un élève qui connaît les quatre opérations de l’arithmétique.) Pas un seul élève ne savait résoudre le problème le plus simple de l’addition et de la soustraction, mais, en même temps, avec des nombres abstraits, il faisait facilement et vite de longues opérations, multipliait des milliers par des milliers. Aux questions de l’histoire de France, apprise par cœur, ils répondaient très bien, mais, en les interrogeant dans un ordre différent de celui du livre, j’appris qu’Henri IV avait été tué par Jules César. Il en fut de même pour la géographie et l’histoire sainte, pour l’orthographe et la lecture. Plus de la moitié des filles ne savaient lire ailleurs que dans leurs livres. Six années d’école ne suffisaient pas pour apprendre à écrire un mot sans faute. Je sais que les faits que je cite sont tellement inouïs que plusieurs douteront de leur exactitude, mais je pourrais écrire des volumes entiers sur l’ignorance que j’ai constatée dans les écoles de France, de Suisse et d’Allemagne.

Cependant, que celui qui prend cette étude à cœur fasse comme moi, qu’il tâche d’étudier les écoles non d’après les comptes rendus des examens publiés, mais d’après de longues visites aux écoles et des conversations avec les maîtres et les élèves.