Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/400

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jours sans faute les cas datif et génitif, mais quand les petits corrigent la faute de la lettre finale de ces cas, ils ne peuvent jamais comprendre pourquoi il faut écrire ainsi, et ils doivent deviner les cas pour se rappeler la règle de l’orthographe du datif. Souvent les plus petits, qui n’ont jamais entendu parler d’analyse, devinent spontanément comment il faut écrire, et ils ont un plaisir visible à deviner.

Les derniers temps, dans la deuxième classe, j’ai essayé un exercice de ma propre invention ; j’en étais enchanté, comme tout inventeur ; je le trouvais commode, rationnel, et il m’a fallu la pratique pour me convaincre de sa fausseté. Sans employer aucun nom grammatical, je leur faisais écrire quelque chose, en désignant parfois un objet, c’est-à-dire, le sujet ; et par des questions, je les forçais d’étendre la proposition en y ajoutant de nouveaux attributs, de nouveaux sujets et compléments : « Les loups courent. Quand ? Où ? Comment ? Quels loups ? Qui court encore ? Ils courent et que font-ils ? » Il me semblait qu’étant habitués à répondre à des questions exigeant tels ou tels termes, ils les apprendraient. Ils les apprenaient, mais ils s’ennuyaient et se demandaient pourquoi ; ce que je devais aussi me demander, et à quoi je ne trouvais point de réponse. L’homme et l’enfant ne donnent pas sans efforts leurs paroles vivantes pour l’analyse mécanique. Il y a un sentiment