Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/497

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LE CHANT

L’été dernier, un jour que nous revenions du bain, tous très gais, l’enfant d’un paysan, un garçon aux pommettes saillantes, celui-là même qu’un enfant de domestique avait incité à voler des livres, trapu, marqué de la variole, les jambes tordues, avec les manières d’un vieux paysan sérieux, et en même temps une nature forte et bien douée, courut en avant et s’installa dans le chariot qui marchait devant nous. Il saisit les guides, mit son bonnet sur l’oreille, cracha sur le sol et entonna une lente chanson de paysan. Et comme il chantait ! Avec quel sentiment, quelles nuances ! Les enfants, en criant, interpellaient Semka : « Hein ! comme il chante bien ! » Semka restait sérieux. « Hé ! là, n’interromps donc pas la chanson ! » dit-il d’une voix particulièrement grave ; et il continua de chanter très sérieusement. Deux enfants, les plus doués pour la musique, s’installèrent aussi dans le chariot