Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/60

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instruits par la vie, en avoir acquis beaucoup de connaissances et de bon sens et qui ne savent ni lire ni écrire, tandis que nous voyons des gens qui savent lire et écrire et qui n’ont acquis au moyen de cet art (Fertigkeit) aucune connaissance nouvelle. Quiconque examine sérieusement l’instruction du peuple, non seulement en Russie, mais en Europe, se convainc malgré soi que le peuple s’instruit tout à fait indépendamment de l’art du lire et écrire et que cet art, à de très rares exceptions de capacités extraordinaires, reste un art stérile et même un art nuisible : nuisible parce que rien dans la vie ne peut rester indifférent. Si la lecture et l’écriture ne servent pas à la vie et sont inutiles, alors elles sont nuisibles.

Mais un certain degré d’instruction, supérieur à celui des exemples d’instruction illettrée que nous avons cités, est-il inaccessible sans la lecture et l’écriture ? C’est probable, mais nous n’en savons rien et n’avons aucune raison de le supposer pour l’instruction de la future génération : seul le degré d’instruction que nous possédons, et en dehors duquel nous ne pouvons et ne voulons nous représenter autre chose, est inaccessible. Nous avons un type d’école primaire qui correspond à notre opinion sur l’instruction, et nous ne voulons pas connaître les degrés de l’instruction qui ne sont pas au-dessous mais qui sont tout à fait en dehors et indépendants de l’école.