Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/76

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enfants, qu’est-ce que c’est ? » Cela, voyez-vous, s’appelle Anschauungsunterricht. Les pauvres enfants se réjouissent en voyant le poisson, s’ils ne savent pas déjà, pour l’avoir entendu des autres écoliers ou de leurs frères aînés, à quelle sauce on leur sert ce poisson et comment on les torture moralement à cause de lui.

De toute façon ils disent : — « C’est un poisson. »

— « Non, reprend le professeur (tout ceci n’est pas une invention, ni une satire, mais le récit exact d’un fait que, sans exception, j’ai vu dans toutes les meilleures écoles de l’Allemagne et dans les écoles anglaises qui ont adopté cette bonne et excellente méthode !). Non, dit le professeur. Que voyez-vous donc ? » Les enfants se taisent. N’oubliez pas qu’ils sont obligés d’être assis tranquilles, chacun à sa place, et de ne pas se mouvoir. — Ruhe und gehorsam. — « Que voyez-vous donc ? » — « Un livre, » dit le plus sot. Pendant ce temps tous les enfants intelligents se sont déjà demandé mille fois ce qu’ils voient, ils sentent qu’ils ne pourront pas deviner ce qu’exige le professeur, et qu’il faut répondre que ce poisson n’est pas un poisson mais quelque chose qu’ils ne savent pas nommer. — « Oui, oui, fait le maître avec joie. Très bien, un livre, après ? » Les intelligents s’enhardissent ; le sot ne sait lui-même de quoi on le félicite. — « Et qu’y a-t-il dans le livre ? » demande le maître. Les plus intelligents et les plus spirituels devinent et disent avec une joie fière :