Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/77

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— Des lettres. » — « Non, non, pas du tout, répond avec tristesse le maître : il faut réfléchir avant de parler. » De nouveau tous les intelligents sont tristes et se taisent : même ils ne cherchent plus : ils pensent aux lunettes du professeur, se demandant pourquoi il ne les ôte pas et regarde à travers, etc. — « Alors qu’y a-t-il dans le livre ? » Tous se taisent… — « Qu’est-ce qu’il y a ici ? » — « Un poisson, dit un audacieux. — « Oui, c’est un poisson, mais est-ce un poisson vivant ? » — « Non, pas vivant. » — « Très bien. Est-il mort ? » — « Non. » — Bon. Alors qu’est-ce que c’est que ce poisson ? » — « Ein Bild » — une image. — « C’est ça ! Bon ! » Tous répètent : c’est une image, et pensent que c’est terminé. Non, il faut dire encore que c’est une image qui représente un poisson. Et par la même voie, le maître obtient que les élèves disent que c’est une image représentant un poisson. Il s’imagine que les élèves raisonnent et il ne songe nullement que si on l’oblige d’apprendre à ses élèves à dire que c’est une image qui représente un poisson, ou s’il le veut lui-même, il serait alors beaucoup plus simple de les forcer d’apprendre par cœur cette formule extraordinaire.

Les élèves que le maître laissera tranquilles sur ce point sont encore heureux. J’ai vu moi-même comment il les forçait de lui répondre que ce n’était pas un poisson mais un objet. — ein Ding, — et que cet objet était un poisson. Cela, voyez-vous,