Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol13.djvu/78

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c’est le nouvel Anschauungsunterricht uni à la lecture et l’écriture. C’est l’art de forcer les enfants à penser.

Mais voilà que l’Anschauungsunterricht est terminé et que la décomposition du mot commence. On montre le mot Fisch (poisson) composé de lettres en carton. Les meilleurs élèves, les plus intelligents, pensent se rattraper ici et saisir d’un coup le dessin et le nom des lettres. Mais cela ne va pas si vite. — « Qu’est-ce qu’il y a au poisson, en avant ? » Les timides se taisent. Enfin, un hardi répond : — « La tête. » — « Bien, très bien ! Et où est la tête ? En quoi est-elle ?» — « Devant. » — « Très bien, et qu’y a-t-il après la tête ? » — « Le poisson. » — « Non, réfléchis. » Il faut répondre : le corps, — Leib. » On répond enfin cela, mais les élèves perdent déjà tout espoir ou confiance en eux-mêmes et ils déploient toute leur capacité intellectuelle pour comprendre ce que désire le maître. « La tête, le corps et la fin du poisson ? — La queue. — Très bien ! » Tous répètent ensemble : « Le poisson a une tête, un corps, une queue. Voici le poisson composé de lettres et voici le poisson dessiné. » Le poisson composé de lettres se divise soudain en trois parties : F, i, sch. Le maître, avec l’orgueil d’un prestidigitateur qui vient de jeter à tout le monde des fleurs au lieu de vin, écarte la lettre F, la montre et dit : « Ça, c’est la tête ; i, c’est le corps ; sch, c’est la queue. » Et il répète Fisch, Ffff, iiii