Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/148

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Ils sont comme un monticule.

Celui qui avait tâté les oreilles, dit :

— Ils sont comme des mouchoirs.

Celui qui avait tâté la défense, dit :

— Ils sont semblables à des cornes.

Celui qui avait tâté la trompe, dit :

— Ils sont comme une grosse corde.

Et tous les aveugles se mirent à discuter et à se quereller.


Pourquoi il y a le mal dans le monde.

Un ermite vivait dans la forêt ; les bêtes ne le craignaient pas. Ils causaient ensemble et se comprenaient.

Une fois, l’ermite se coucha sous un arbre et le corbeau, le pigeon, le cerf et le serpent se réunirent au même endroit pour passer la nuit.

Les bêtes se mirent à discuter sur la cause du mal dans le monde. Le corbeau dit :

— Le mal dans le monde vient de la faim. Quand on a bien mangé, on s’assoit sur une branche, on croasse, tout semble gai, bon, on se réjouit de tout. Mais il suffit d’avoir faim un ou deux jours pour que tout devienne si odieux que le monde même vous inspire du dégoût. On se sent attiré quelque part, on saute d’une place à l’autre, on ne connaît plus le repos, et si l’on aperçoit de la chair, on devient terrible, on se jette dessus, sans regarder.