Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/152

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l’avoine pour son cheval. À peine eut-il quitté le village que le cheval tourna bride et revint du côté de la maison. Le paysan fouetta le cheval qui partit en pensant :

— Quel imbécile ! Où veut-il me faire aller ?

Ne vaudrait-il pas mieux retourner à la maison ? Avant d’arriver à la ville, le paysan, remarquant qu’il était fatigant pour le cheval de marcher dans la boue, lui fit prendre le milieu de la chaussée. Et, de nouveau, le cheval tourna bride. Alors le paysan le fouetta de nouveau, et il resta sur la chaussée ; il pensa :

— Pourquoi m’a-t-il conduit sur la chaussée où je vais briser mes fers ? Le sol est si dur !

Le paysan s’arrêta devant une boutique, acheta de l’avoine et s’en retourna. Arrivé à la maison, il donna de l’avoine au cheval. Et, celui-ci, tout en mangeant, songeait :

— Que les hommes sont bêtes ! Ils se croient plus intelligents que les animaux, et ils ont moins d’esprit que nous. Pourquoi tout ce mal ?… Pourquoi ce voyage ? Pourquoi me dérange-t-il ? Nous sommes allés loin et nous voilà de retour. Il eût mieux valu rester à la maison : lui sur son poêle, et moi à manger mon avoine.


Les deux Chevaux.


Deux chevaux tiraient chacun un chariot. Le