Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/176

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


vaillions toute la semaine ; mais, les dimanches et les fêtes, nous allions nous promener et jouer ensemble.

Un jour, notre père dit :

— Il faut que les aînés apprennent à monter à cheval. Il faut les envoyer au manège.

J’étais le plus petit de tous, et je demandai :

— Et moi, apprendrai-je aussi ?

— Toi, tu tomberais, répondit mon père.

Je me mis à le supplier ; j’étais sur le point de fondre en larmes.

— Eh bien, toi aussi, dit-il. Mais prends garde seulement ; si tu tombes, tâche de ne pas pleurer. On n’apprend jamais à monter à cheval sans tomber.

Quand vint le mercredi on nous mena tous les trois au manège. Nous gravîmes un grand perron, puis un petit, et, de là, nous aperçûmes une salle haute et large, avec du sable au lieu de plancher. Dans cette salle chevauchaient des messieurs, des dames et des jeunes garçons comme nous.

C’était le manège. Il n’y faisait pas très clair, dans ce manège. Ça sentait le cheval ; on n’entendait que des claquements de fouet, les cris des cavaliers à leurs montures, le bruit des sabots heurtant les barrières de bois. D’abord j’eus très peur et ne pus rien regarder. Puis notre sous-maître appela l’écuyer et dit :

— Eh bien ! donnez des chevaux à ces garçons, ils vont apprendre à monter.