Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/180

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« Voilà, je planterai des saules autour de mon potager, ils pousseront et formeront un abri.

Il prit sa hache, coupa une dizaine de saules, se mit à les tailler par le gros bout en forme de pieux, et les enfonça dans la terre. Tous les saules poussèrent, par en haut, des pousses avec des feuilles, et, par en bas, en guise de racines, des pousses semblables. Certains saules s’accrochèrent fortement à la terre et prirent racine, d’autres, moins robustes, languirent et moururent.

Vers l’automne, le paysan contemplait joyeusement ses saules : six avaient bien pris. Au printemps suivant, les brebis en rongèrent quatre ; il n’en resta que deux. Le printemps d’après, ceux-ci furent également rongés par les brebis, l’un d’eux dépérit tout à fait et mourut, l’autre, se redressant, poussa racine sur racine et devint un arbre.

Chaque printemps, les abeilles viennent bourdonner dans le saule. Il s’y pose souvent des essaims dont les paysans s’emparent. Souvent, femmes et paysans s’en vont dîner sous le saule et dormir à son ombre. Et les enfants, grimpent le long de son tronc et y coupent des baguettes.

Celui qui a planté ces saules est mort depuis longtemps, mais le saule grandit toujours. Deux fois le fils aîné en a coupé les branches pour se chauffer ; l’arbre grandit toujours. On le taille en forme de cône ; et, au printemps, il pousse des nouvelles branches, plus minces, mais deux fois