Page:Tolstoï - Œuvres complètes, vol14.djvu/181

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plus longues, comme une crinière de poulain.

Et le fils aîné a cessé d’être le chef de la maison ; le village a émigré, mais le saule croît toujours, dans la plaine. D’autres paysans sont venus et l’ont ébranché — il grandit toujours. La foudre a frappé son sommet, — par les branches latérales il a continué de grandir et de fleurir.

Un paysan a voulu l’abattre à coups de hache pour se tailler une auge dans le tronc ; il a dû y renoncer, le tronc était trop pourri.

Il est tombé sur le flanc, le vieux saule ; il ne tient plus que par un seul côté. Mais il grandit encore, et les abeilles, chaque année, reviennent, en voltigeant, butiner le miel de ses fleurs…

Un jour, des enfants s’assemblèrent sous le saule pour garder des chevaux. C’était au commencement du printemps. Le temps leur parut froid, ils voulurent faire du feu et ramassèrent du chaume, des armoises, des brindilles. L’un d’eux grimpa sur le saule et cassa des branches ; puis, fourrant le tout dans le creux de l’arbre, ils y mirent le feu.

L’arbre entier se mit à siffler, la sève à bouillir ; la fumée s’épaissit, la flamme courut à travers. Tout l’intérieur du tronc devint noir. Les jeunes pousses se tordirent, les fleurs se desséchèrent.

Les enfants ramenèrent les chevaux à la maison.

Le saule, entièrement brûlé, resta seul dans le champ. Un corbeau noir survint, se percha sur lui et se mit à crier :